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5 spécialités pour un marketing B2B performant. Et les PME alors ?

Nombreux sont les dirigeants de PME qui font l'effort d'investir dans la fonction marketing et qui, quelques mois plus tard, déplorent un manque de retour sur investissement visible et l’incapacité de cette équipe à impacter les ventes de l’entreprise.



Grégoire MICHEL
Grégoire MICHEL
Le scénario, désespérément banal, est le suivant: afin de développer sa notoriété et d’alimenter sa croissance, le dirigeant nomme un(e) responsable de la communication et de l’événementiel, parfois un commercial en échec, dans l’objectif de produire et promouvoir des communiqués de presse, de participer à quelques salons et d'organiser des séminaires. En parallèle, il loue les services d’une agence web pour construire un site au design léché, qui présente en détails les points forts de ses offres et son entreprise.
Mais, au bout de quelques mois, les frustrations apparaissent: l’équipe marketing ne s'avère pas capable de produire des outils de vente pertinents aux yeux de la force commerciale. Le site web n'attire pas plus de trafic. Les visiteurs sur les salons ne se transforment pas en chiffre d'affaires, les ventes des nouveaux produits ne décollent pas et les commerciaux se plaignent de l’absence d’impact sur leur business.

A ceci plusieurs explications. Nous examinerons ici plus en détail l’une d’elle: le ;manque de compétences. La fonction marketing s'est considérablement sophistiquée depuis quelques années. Les recettes d’il y a seulement 5 ans ne suffisent plus à sortir du lot. Pour constituer une équipe marketing qui fasse la différence, il faut dorénavant pouvoir combiner d'au moins 5 champs d’expertise:

* Le marketing produit. Il s'agit là d'une fonction clé de « traducteur ». Sa raison d'être est d'exprimer les capacités du produit et les points forts de l'offre en termes de bénéfices pour le métier du client, dans le langage des clients. Par exemple, il devra pouvoir expliquer comment un automate électronique influence la rentabilité d’une banque ou bien comment un logiciel d'ERP raccourci les délais de fabrication du constructeur automobile, ou bien encore comment une machine-outil numérique améliore les marges d’un producteur de vêtements. Le chef de produit est généralement un profil de haut niveau, surtout lorsque les produits sont complexes et que le métier du client est éloigné de celui de son fournisseur. C'est lui qui a donc la charge de définir la segmentation et le positionnement, de produire les outils de vente et l'ensemble des contenus utilisés par les autres métiers du marketing, mais également de coordonner les plans de lancements. C’est une fonction souvent mal couverte en B2B. Parfois, le poste n’existe même pas et souvent on y privilégie des profils qui viennent de la technique, en raison de la complexité de l’offre, mais qui ont beaucoup de mal à se projeter dans le métier des clients.

* La gestion de projets événementiels, fonction souvent sous estimée. A tors, parce qu'il y faut des qualités de gestion du temps tout à fait remarquables, une grande rigueur dans la gestion de projet, le métier nécessitant l'exécution et le suivi de dizaines de tâches en parallèles et le respect d'une contrainte absolue: la date de fin de projet est intangible. Il est possible de retarder la sortie d'un produit de 15 jours, mais pas la date d'un salon. Par ailleurs, l’image de l’entreprise est directement engagée lors d’événements, et la qualité doit être aussi élevée que les budgets le permettent.
Souvent, parce qu’il s’agit de tâches considérées comme ingrates, cette fonction est dévolue à des juniors. Mon expérience est que ceux ou celles qui excellent à ces postes sont en réalité expérimentées, rares et précieux, d’une productivité exceptionnelle qui justifie un salaire de senior. Ils doivent associer un sens de l’hospitalité, du service, du détail et de l’organisation irréprochables alliés à une solide résistance au stress, qualités qui ne sont pas données à tout le monde et qui ne s’apprennent pas à l’école… Peu d’aspirants marketers y parviennent vraiment.

* La communication et les relations publiques. Des cinq, c'est la fonction qui est le plus souvent externalisée. Elle a beaucoup changé ces dernières années, en même temps que le paysage des médias, l'avènement d'Internet et la réduction corollaire du volume de presse écrite. Le relationnel avec les journalistes et l’accès aux calendriers rédactionnels sont toujours essentiels mais ne suffisent plus. Seules les "success stories" semblent intéresser les rédactions. Or les clients se font tirer l'oreille, corsetés par leur propre communication. Ceci requiert des responsables communication une capacité à interagir avec les clients au moins autant qu’avec les journalistes, mais également avec les commerciaux, relais vers les clients.
Par ailleurs, Internet a transformé la façon d'écrire les communiqués, qui ne sont plus destinés en priorité aux journalistes mais s’adressent à l'ensemble de l'audience de l'entreprise, client, fournisseurs, partenaires ou employés. Dans le même temps, les technologies Web 2.0 ont introduit de nouveaux modes de communication (blogs, réseaux sociaux, twitter) qui ont leurs codes, leurs usages et leur style d’écriture qu'il convient de maîtriser1. Comme les autres donc, ce métier se spécialise et le niveau d’exigence augmente.

* Le marketing de base de données et la gestion des pistes. Les statistiques, effrayantes, montrent que les sociétés B2B ne suivent en moyenne que 30% des "inquiries" (passage sur les salons, inscrits aux séminaires, visiteurs du site web, etc.) et dans les cas ou ce suivi est fait, les outils de traçabilité ne sont le plus souvent pas en place, soit que le CRM n’est pas encore implanté, soit qu’il n’est pas utilisé de façon à la garantir. Il est donc impossible de savoir ce qu'il advient des leads et de mesurer puis optimiser la rentabilité des campagnes. De plus, alors que le marketing direct devient de plus en plus prépondérant dans le portefeuille d'activités marketing, il dépend pour 50% de ses résultats de la qualité de la base de données utilisée2. Dans le même temps, le taux d’obsolescence de ces bases de données dépasse les 30% par an ! Où trouver ces bases de données? Comment les utiliser? Comment les maintenir à jour ? A nouveau, il s'agit là d'un métier de spécialiste ou la compétence technique et l'expérience sont clés.

* Enfin, et non des moindres, le marketing Internet. Là aussi, l'évolution des techniques à totalement transformé la fonction. Alors que 73% des sites Web sont trouvés par l’intermédiaire des moteurs de recherche3, que 37% seulement des internautes regardent au-delà de la première page de résultats de recherche et que Google change ses règles d’indexation tous les mois, la remise en cause est permanente. Un responsable MI doit aujourd'hui savoir maîtriser un projet de site web, mais aussi les outils de gestion de contenu, les méthodes de référencement naturel et payant, les réseaux sociaux et le web 2.0, les portails clients et partenaires.

Plusieurs constats s’imposent donc: tout d’abord, l’efficacité marketing se construit sur la complémentarité des fonctions ci-dessus : pas d’événement sans web, sans base de données et sans gestion des leads, pas de web sans contenu, pas de communication sans segmentation, … Ensuite, l’évolution des techniques signe la disparition du généraliste du marketing. Personne n’est plus capable d’offrir des compétences dans tous ces domaines et la spécialisation croissante des individus devient la règle. Rares sont ceux qui en maîtrisent ne serait-ce que deux d’entre elles, car elles correspondent à des formations et des expériences radicalement différents. Enfin, le management du marketing, qui requiert une compréhension de tous ces domaines, est un métier qui ne s’improvise pas, mais qui s’apprend au travers de plusieurs années d’expérience.

Mais alors comment peut faire un patron de PME pour construire une fonction marketing efficace sans se ruiner (5 spécialistes et 1 manager !) ? L’externalisation est le seul moyen d’accéder à tous ces domaines de spécialité sans se ruiner. Se pose alors la difficulté inhérente à la coordination d’autant de sous traitants. Et si la solution était d’externaliser la fonction complète ?

Pour poursuivre le débat :
email: gregoire@inficiences.com
Blog: http://inficiences.wordpress.com/

Lundi 22 Juin 2009
par Grégoire MICHEL, directeur de Inficiences
Lu 17624 fois



1.Posté par Frederic Martin le 22/06/2009 22:00
très bon article de synthèse sur l'évolution du marketing. merci
http://www.fmartin.info

2.Posté par Referencement le 23/06/2009 12:19
Très intéressant votre article, même-ci chez nous on fait que du marketing Internet :)

3.Posté par Karine Soyer le 01/07/2009 15:32
Intéressant article, merci. J'ajouterai quand même un point : le coeur de cible du marketer B2B est avant tout le commerce. Le marketing doit être au service du commerce et produire des outils qui lui facilite avant tout la tâche. Plus on lui facilitera la tâche plus on peut espérer un travail d'équipe pour remplir les salles de séminaires et les demandes d'informations suite à une opération de marketing direct. Une opération marketing bien menée se fait automatiquement avec la participation du service commercial. Nous sommes dans l'ère du réseautage, apprenons à travailler aussi en réseaux directement à l'intérieur des entreprises !
http://www.heureuxquicommunique.com

4.Posté par Alain Risbourg le 01/07/2009 15:52
Bonjour,

analyse tout à fait pertinente . Je vous rejoins dans vos conclusions.

En plus de cette prise de conscience, il est important que les patrons de PME (souvent des ingénieurs, ou des commerciaux, rarement des hommes de marketing) connaissent la valeur qu'un marketing bien fait apporte en B2B, notamment en matière de génération de leads.
http://blog.risbourg.com

5.Posté par pprt le 07/09/2009 12:56
J'aimerais demander à l'auteur ce qu'il en est de ces fonctions:

- Du marketing amont aussi appelé Marketing "projet"?

- Du marketing stratégique.

Vous avez omis ces 2 métiers clefs du marketing qui sont très présents, surtout dans le monde B2B, c'est assez étonnant pour un professionnel du Marketing.

6.Posté par Grégoire Michel le 09/09/2009 11:16
En général, dans les PME, le marketing stratégique et la définition des offres restent de la responsabilité de la Direction Générale. Parfois aussi, la définition des offres est faite par le département R&D ou Etudes, lesquelles n'ont pas en général une approche marketing. Le marketing produit sera parfois consulté au moment de la définition des offres, pour fournir un input marché, mais il n’est pas responsable des projets. Ces responsabilités très importantes, essentielles même, ne rentrent pas donc dans le périmètre de la fonction marketing. Je crois que c’est une erreur et qu’il y aurait beaucoup à dire sur les inconvénients de cette répartition des responsabilités, fréquente dans les entreprises Françaises B2B, mais ce n'était pas l'objet de cet article :-)
http://inficiences.wordpress.com/

7.Posté par LAFFIN le 24/09/2009 10:22
Pour compléter le commentaire de Alain Risbourg ci-dessus, mon expérience de la mise en place de CRM dans les PME BtoB m'a révélé une faiblesse systématique, même avec un patron "commercial" ==> l'analyse médiocre du cycle de vente.
- Ne pas avoir de "SPANCO" du tout (le plus courant)
- Coller sur ses prévisions un SPANCO théorique sans analyse de sa démarche propre,
- Laisser les commerciaux décider eux-même des % d'aboutir (pas de faits générateurs objectifs et donc homogènes,
- Absence de critères d'obsolescence des leads, si bien que le portefeuille vieillit et gonfle fictivement.
Thierry Laffin
http://www.pragma-consulting.fr

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