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Low cost et relation client sont-ils compatibles ?

Alors que Air France vient d’annoncer le lancement d’une compagnie aérienne à bas coût, posons-nous la question de l’impact sur la gestion de la relation client de cette tendance à la baisse des prix.



Low cost et relation client sont-ils compatibles ?
« Mammouth écrase les prix ! ». Les plus anciens d’entre nous se souviennent du slogan phare de la chaine de supermarchés aujourd’hui disparue. Aujourd’hui ce sont les « low cost » ou « hard discount » qui écrasent les prix. Leader Price, idTGV, Renault Logan, EasyJet et maintenant Transavia, tous les secteurs de l’économie sont concernés par cette nouvelle demande des consommateurs : privilégier à tous prix… les prix bas. Selon Pascal Roussarie, responsable de l’observateur Cetelem, cité par le quotidien Libération, « 72 % des français sont fidèles [au low cost], et 30 % déclarent y effectuer la totalité de leurs achats ». Que l’on parle de marques ou de sociétés, un pan entier de l’économie s’est développé autour du concept de prix bas / service minimum.

Un concept qui, vu sous l’angle de la gestion de la relation client, semble aller à l’encontre des principes de fidélisation prônés depuis plusieurs années. Rappelons simplement qu’à la fin des années 90, le CRM a été inventé, s’appuyant sur le principe qu’il était plus rentable de fidéliser un client que de chercher perpétuellement à en conquérir de nouveaux. Mais le client low cost est infidèle, par nature puisqu’il recherche en priorité le prix le plus bas. Internet se rapproche, comme outil de fixation des prix du marché, d’un système d’enchères inversées. Dès qu’un fournisseur ou prestataire constate qu’il n’est plus le moins cher, et que ses clients commencent à lui échapper, il peut rectifier le tir et baisser à son tour ses prix pour regagner sa place.

De manière générale, le low cost s’appuie sur une diminution des coûts de service et des prestations annexes pour atteindre ses objectifs. Prenons quelques exemples. Dans le transport aérien, suppression des collations en vol, aérogares spartiates, pas de remboursement en cas de vol raté… Dans la location de voiture, contact uniquement par Internet, voiture nettoyée par le client… Dans la distribution, présentation des produits directement dans leurs cartons d’emballage, pas de musique d’ambiance, peu de parking…
Lorsque l’on interroge le consommateur client de ces offres, il vous explique en résumé qu’il préfère n’avoir aucun service, et payer moins cher son produit de base.
Si 72 % des français sont fidèles au low cost, c’est bien que la stratégie CRM des entreprises n’a pas fonctionné puisque le consommateur préfère rester zappeur que de devenir fidèle.

Première hypothèse, nous nous sommes gravement trompés ! La gestion de la relation client est une erreur. Le client n’en veut pas ! Il veut un produit, le plus simple et surtout le moins cher possible. Et s’il souhaite acquérir en complément certains services, il choisira le moment et le prix qu’il leur consacrera. Si cette hypothèse est juste, il est urgent d’abandonner tous les projets de CRM, de mettre à la poubelle les logiciels et paramétrages dans lesquels on a lourdement investi, et de réduire au maximum les coûts des services clients pour baisser les prix et répondre aux attentes de ce client low cost.

Deuxième hypothèse, le CRM est fait pour les riches. A côté de nos 72 % de clients privilégiant les prix, une autre clientèle serait sensible aux attentions. Tout le monde s’accorde sur le plaisir que l’on ressent à être accueilli comme un prince dans un hôtel de luxe ou un grand restaurant, à être reçu avec déférence par son banquier d’affaires, à recevoir pour Noël une bouteille de champagne de son fournisseur préféré, ou une trousse de toilette en classe affaires… Mais toutes ces attentions ne concerneraient finalement qu’une petite tranche de la population, celle qui peut dépenser sans compter, et qui fera la différence entre deux fournisseurs sur les prestations annexes plus que sur le produit de base. Si cette hypothèse est juste, vous devez là encore agir sans délai sur le périmètre de vos projets de CRM. Abandonnez le CRM global et sa vision à 360° du client, réservez-le à votre clientèle 5*. Segmentez entre riches et pauvres, les premiers ayant droit au CRM et au niveau de service associé, les seconds rejoignant la première hypothèse, pas de CRM, pas de service client, les prix les plus bas.

Troisième hypothèse, le low cost est un épiphénomène, dont les produits ne génèrent que de faibles marges, et qui n’intéressent donc pas votre entreprise. Il faut persévérer dans une stratégie de service client, en s’appuyant sur les outils de CRM préconisés depuis plusieurs années. Pour combattre le low cost, il faut ici l’ignorer ; considérer que ses clients ne sont pas vos prospects, et concentrer vos efforts sur la fidélisation des clients pour lesquels tout ne se résume pas à une question de prix. Si cette troisième hypothèse est juste, continuez à suivre votre objectif d’entreprise, poursuivez la mise en place d’applications de CRM et des méthodologies associées, et ignorez vos concurrents low cost ; ils ne jouent pas dans la même cour.

Quelque soit l’hypothèse qui vous semblera adaptée à votre entreprise, et quelque soit l’option que vous aurez choisie, il subsiste une certitude. Le phénomène low cost a été totalement ignoré des cabinets de conseil et intégrateurs de CRM, tout comme des éditeurs. Leurs solutions et leurs conseils sont orientés vers une clientèle à fidéliser, attentive au service rendu, et élastique sur les prix pratiqués. Le CRM tel que nous le présentons depuis des années n’est pas compatible avec la tendance low cost. Un peu comme la presse papier n’a pas vu arriver la concurrence de l’Internet ; le CRM traditionnel n’a pas vu grossir cette vague du low cost. « Le client est roi ! », apprend-on encore dans les écoles de commerce… « Le prix est roi, et le client suivra ! », devra-t-on peut-être apprendre demain à nos futurs dirigeants.

Mardi 28 Novembre 2006
Philippe Nieuwbourg
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1.Posté par Jean-Pierre le 28/11/2006 19:19
On peut également dire que l'activité low cost s'appuie sur une "promesse client" très simple et lisible : le coût est bas et il n'y a pas de service additionnel mais la prestation est remplie
De ce point de vue, la fidélisation est donc réaliste ?
http://manager-marketeur.viabloga.com

2.Posté par Philippe Nieuwbourg le 28/11/2006 19:23
Vous avez parfaitement raison. La précision est importante, puisque justement 30 % des consommateurs sont extrèmement fidèles au "low cost".
Ce que je voulais dire c'est que du point de vue CRM, il n'est pas nécessaire de dépenser un centime en logicie/service/méthode/conseil... pour les fidéliser. Comme vous le dites, le prix seul les fidélise.
Intéressant...
http://www.relationclient.net

3.Posté par Bruno Michel le 03/12/2006 20:21
TOUS les produits desormais (hormis la niche 5* dont vous parlez) adoptent le principe low cost, a savoir prioritairement la vente directe et ajustement des prix par le web. Des Pays Bas, Je vole indifferemment sur KLM (donc Air France) et Easyjet puisque les deux vendent de la meme maniere le meme produit (ce ne sont pas les quelques cm de place pour les genoux ou le sandwich "SNCF" d'Air France qui feront une difference !) et souvent desormais KLM s'avere moins cher....
Par contre, l'image du prestataire est importante. Par exemple, je n'ai eu que des soucis avec Transavia (low cost de KLM Air France) et je les evite au possible.
En resume, low cost pour tout le monde, oui, mais sans degrader le produit. Le CRM garde son role, la preuve en est des miles de loyaute.

4.Posté par Dominique le 03/12/2006 20:32
Je suis d'accord avec Jean-Pierre et la "promesse client simple et lisible à bas coût". Il reste quand même qu'il y a une limite au rapport prestation/prix et que le prix finit par buter sur le niveau mini de prestation.
Il y a donc un effort de fidélisation à faire avec un coût compatible avec le prix acceptable. Une CRM "low cost" ;-)

5.Posté par Casusbelli le 03/12/2006 20:47
Oui pour une très large part de l'article, m'enfin...
Il ne faudrait tout de même pas oublier que les prix cible des low cost sont aussi dictés par la nécessité de consommer. Le CRM n'est pas "parlant" pour le client.
Les consommateurs disposent d'un budget qu'ils ne sauraient dépasser quand bien même leurs besoins de consommer est croissant; in extenso acheter du service pour chaque produit est ressenti comme inutile dans la plupart des cas, voir redondant.
As-t-on besoin d'être sur-assurés , as-t-on besoin d'être servis comme des pachas tout le temps? L'attrait est rappelé à l'ordre par le contenu du porte-monnaie... ou si vous préférez : nécessité fait loi.

6.Posté par Philippe Nieuwbourg le 04/12/2006 08:09
Parfaitement en phase avec ces réflexions, le lancement d'une nouvelle compagnie, Elysair, qui propose du low cost de luxe, puisque l'idée est de proposer des billets en classe affaires Paris-New York à 1000 euros.
Un croisement intéressant des attentes de service haut de gamme et de prix bas.
http://www.lavion.fr

7.Posté par Rémy Mahoudeaux le 04/12/2006 08:16
Bien sûr, le CRM rêve de fidéliser une clientèle haut de gamme, parce que c'est là que se trouve les marges les plus fortes. Le crm est-il interdit aux hard-discounter et low-cost de tout poils ? Non, au contraire, je pense que pour fidéliser une clientèle plus sensible au prix, plus nomade, ils ont intérêt (quand cela est possible) de fonctionner en connaissant leurs clients. La fidélisation est enjeux pour tous les business...

8.Posté par Philippe Nieuwbourg le 04/12/2006 08:43
Oui, Rémy, vous avez raison, la fidélisation est intéressante pour tous. Mais elle coute cher... Croyez-vous que les très faibles marges des hard-discounter leur permettent d'investir dans le CRM ?
Et s'ils arrivent à dégager lar marge nécessaire pour ces investissements, ne vont-ils pas plutôt à nouveau baisser leur prix de vente, pour être encore moins cher ?
http://www.relationclient.net

9.Posté par eric stevens le 04/12/2006 10:15
Débat très intéressant qui nous ramène à ce qui fait acheter: soit les prix, soit la différence. Si l'on pousse la logique de prix jusqu'au bout, il faut diminuer voire supprimer tous les frais, dont ceux du marketing en général et de la relation en particulier. Lorsque la bonne raison d'achat est le prix, pourquoi investir dans la relation. La transaction est bien suffisante.
Le problème est qu'il n'y a qu'une entreprise la moins chère pour une prestation donnée. Et là s'ouvrent les opportunités du relationnel...

10.Posté par eric le 04/12/2006 13:37
La finalité du CRM qui est de fidéliser le client ne doit non plus nous faire oublier les moyens mis en oeuvre pour y parvenir et qui peuvent se réléler stratégiquement décisifs en terme de positionnement marketing. Les démarches d'identification des tendances de marché et celle de segmentation de clientèle qui sont exploitées conjointement aux actions de marketing direct trouvent tout leur sens dans des marchés évoluant vers le low-cost. Quelle part de clientèle est consommatrice de service et en quelle quantité? Jusqu'où réduire les services associés sans risquer de se tirer une balle dans le pied?
Avec un CRM bien étudié, la réponse est peut-être déjà exploitable. Faire évoluer son offre en communicant sur le service avec eux qui y sont réceptifs, et sur le prix auprès de ceux qui sont tentés de passer au low-cost, n'est-ce pas là la raison d'être d'un CRM?

11.Posté par Guillaume Pellet le 04/12/2006 16:43
Comme Mr Jourdain, CRM pour communiquer avec certains, par contre pas besoin de CRM pour fidéliser vos clients. Quelques exemples dans la distribution anglo-saxonne :
- Supply Chain : diminution des ruptures de stock en linéaire
- Assortiment : construction avec tous les niveaux de prix (PP, MDD, MN) à chaque niveau de gamme.
- Promotion : Sélection en fonction d'une segmentation tickets (pas besoin d'identifier les clients) et non en fonction d'accord fournisseurs.
Trois exemples efficaces pour retenir ses clients...
Encore un long chemin ... lorsque je vois les kilos de pub dans la boite aux lettres

12.Posté par Jeanrond le 04/12/2006 20:59
Les chaines du Hard Discount viennent, en partie, de l'Allemagne. Dans ce pays on peut voir la réalité plus complexe que dans vos trois alternatives : Le client qui fait ses courses chez Aldi et Lidl en Mercedes ou BMW. A la frontière, dans mon village natal, on peut observer un autre phénomène : Les Français viennent acheter chez Aldi et Lidl en Allemagne et les Allemands passent la frontière pour acheter les "bons produits" d'épicerie fine en France. En fait, les mêmes personnes font leurs courses des cotés de la frontière.
La "morale" ? Les produits "de base" (=commodities) ne deviennent pas plus attractifs par un "ajout de service". Les mêmes clients qui achètent des produits de base achètent aussi des produits "haut de gamme" - et n'hésitent pas de payer "le prix juste". Ils n'achèteraient pas leur BMW chez Aldi...
Donc il faut du CRM pour mieux savoir quel produit leur offrir dans quel contexte et à quel prix.
http://www.jeanrond-cmc.com

13.Posté par jean-michel Franco le 04/12/2006 21:05
Pas tout à fait d'accord avec l'analyse du départ ; d'abord car les vrais gourous du CRM ont toujours mis en avant l'idée clé de segmentation. A mon sens, on peut bien fidéliser ses clients y compris avec une approche low cost qui répond à un segment particulier : il y a un très bon exemple de cela avec le laboratoire pharmaceutique Ratiopharm, qui a lancé son activité de médicaments génériques avec la fidélisation en ligne de mire : certes il sont rentrés sur le marché avec l'atout des coûts mais veulent rester sur le marché en fidélisant. On peut citer aussi pas mal de distributeurs qui allient prix agressifs et fidélisation, Decathlon par exemple.
Ensuite parce le CRM est l'initiateur de mal de services low cost : il n'y pas si longtemps, on avait une relation "one to one" avec son opérateur télécom ; maintenant, on a des centres d'appels payants voire des sites web où l'on doit auto-résoudre ses problèmes . N'est ce pas le CRM qui rend cela possible ?

14.Posté par Christophe Vieillard le 15/04/2009 22:21
Bonjour,
Le CRM peut être lui même pro et low cost, 100 Euros par an par utilisateur pour un service concurrent de salesforces, incroyable non?
Allez voir sur http://www.quickcrm.fr
Tout est possible.
http://www.quickcrm.fr

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