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Témoignage : dures conditions de travail dans les centres d'appels marocainsMon histoire avec les « call centers » est très différente de tout ce que vous allez lu, vu ou entendu sur ce sujet jusqu’à aujourd’hui. Jugez-en vous mêmes.
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Mehdi BENZAKOUR
Tout commence en 2003. Jeune diplômé plein d’espoir, un bac+4 en poche, j’atterris chez X (le nom de la société a été modifié) en tant que chargé de clientèle à Casablanca.
Les call centers étaient en expansion et tout le pays se pâmait de reconnaissance envers ces « moteurs de l’économie » et cette « merveille de la mondialisation ». Pendant trois ans, j’ai travaillé avec acharnement. Une moyenne de 8 heures par jour, devant un ordinateur, le casque constamment à l’oreille, subissant les humeurs des clients et l’intransigeance des chefs d’équipes. Nous n’avions droit qu’à 15 minutes de pause toutes les 4 heures ! Le personnel travaillait 365 jours par an. Nous n’avions droit ni aux jours fériés français ni marocains. J’en ai vu des évanouissements pour cause de stress et de fatigue dans nos équipes. Il faut savoir aussi que même si nous étions du personnel de back office, le port du voile était strictement interdit. Le pire est que dans cette société, et elle n’est pas la seule, les gestionnaires peuvent licencier qui ils veulent, quand ils veulent. J’en ai moi-même fait l’expérience. En 2006, je m’absente deux semaines pour raisons de santé, et présente deux certificats médicaux à la direction. Sous prétexte de mes « absences répétées et injustifiées », la Direction me licencie purement et simplement ! Un licenciement abusif, et sans aucun avertissement. Pourtant, dans le règlement interne de X, un licenciement doit être conforme aux dispositions du code du travail : la direction doit d’abord adresser des avertissements au salarié. Pourquoi n’a-t-elle pas pris en compte mes justificatifs ? Je dois préciser que les call centers et la société X en particulier ont des taux de turnover très élevés dus aux licenciements mais aussi aux démissions imposées par l’employeur. Lors de mon dernier jour chez X, on a voulu d’abord m’intimider pour me pousser vers la porte de sortie. Menaces, fausses promesses, etc. Devant mon refus de démissionner, la Direction m’a finalement adressé une lettre de licenciement. A réception de ce courrier, j’ai entamé la procédure classique : réunion avec l’inspecteur du travail qui a convoqué l’autre partie. Nous ne sommes pas arrivés à une conciliation. Confiant que mon dossier était recevable au tribunal, j’ai mandaté un avocat pour activer une procédure judiciaire en première instance. Le procès a pris presque deux ans et finalement le jugement a été rendu en ma faveur : 30 000 DH de dommages et intérêts. Aussitôt, X a fait appel. Pour ma part, et pour préserver mes intérêts, j’ai fait une demande pour une saisie conservatoire temporaire. Demande acceptée. Un huissier de justice l’a effectuée. Le juge de la cour d’appel nous convoque alors, la société et moi-même. C’est là que la Direction prétend qu’elle m’avait envoyé un avertissement suite à mon absence. Mais elle s’avère incapable de le produire. Normal, ce document n’existe pas. Elle prétend aussi qu’elle n’avait pas reçu l’un de mes certificats médicaux. Or j’en ai une copie. Sans « reçu » de la société, c’est vrai, mais cela s’est toujours passé ainsi. La Direction ne nous accusait jamais réception des certificats de maladie. Après de multiples retards et délibérations, surprise, la cour annule le jugement en première instance et décide que je n’ai droit à aucune indemnité. C’est incompréhensible et scandaleux ! Moi qui ne suis pas juriste, je trouve suspect qu’un dossier qui donne lieu à un jugement en première instance, génère un jugement parfaitement opposé en appel. Peut-être que la vraie raison de la sentence est que la partie adverse s’appelle X. Ce n’est pas tout. Depuis 2006, je suis « black listé ». A chaque fois que je décroche un travail, je finis par être remercié au bout de quelques semaines, sans explications mais avec des regards désolés de mes patrons. Le marché de l’Offshoring apporte un énorme bénéfice au le Maroc, c’est indéniable. Hélas, la gestion des call centers ne respecte pas la réglementation et les salariés subissent des conditions de travail parfois inacceptables. Aujourd’hui, je tire la sonnette d’alarme pour dénoncer ma situation et par la même occasion, celles de mes infortunés confrères. Je vous remercie de me donner la parole afin que vos lecteurs et l’opinion publique connaisse la vérité sur les call centers. Mardi 27 Octobre 2009
par Mehdi BENZAKOUR
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